Mal-aimés mal-vus mal
perçus,
Vous trainez dans les
bas fonds de l’océan
Et lorsque par hasard
je vous ai entrevus
Je vous ai pris pour
de longs excréments
Vous rampez tels des
serpents de mer
Agitant vos longues
tentacules gluantes,
Dans la vase vous
grouillez comme des vers,
Dans l’eau trouble,
prenant votre temps.
Chenilles des marées,
anguilles lentes,
Qui vous chante, qui
vous attend
Sur la plage dure de
sable froid -
Aurais-je la chance
de vous apercevoir ?
Est-ce vrai qu’en
guise de défense parfois
Vous expulsez vos
organes à la tête de vos ennemis ?
Amis, j’ai beaucoup
de peine à vous croire
Et même à croire que
vous existez
Car qui d’autre que
moi vous chante ?
Bestioles
extraterrestres, créatures effarantes,
Vous sortez des
mythes et des légendes passées
Votre bouche de
pieuvre est celle d’un cauchemard
Laids, sans formes ni
regard
Monstres qui me font
sourire,
Je me permets de vous
demander,
Humble poète
versifiant sur la jetée,
Comment faites-vous
pour vous reproduire ?
Enfin, tout cela est
secondaire
Puisque légume ou
animal je vous ai rencontrés,
O Concombres de Mer
Oui et j’ai même pu
vous entendre penser !
Et qui aurait cru que
derrière de tels faciès
Ils sont de tels sages, de grands hermites
Ne se préoccupant ni
de leur gloire ni de leur mythe,
Ni de leur solitude,
ni de leur lourde graisse.
Idiots ?
Non ! Sages, sages de millions d’années
Pas de bonheur, pas
de malheur, pas de souffrance
Ils ont tout oublié.
Seuls au fond de la
mer ils dansent
Ils déambulent,
rampent sans nombres
Dans un vide plein de
l’instant présent
Ils se font discrets
dans les détritus de l’océan
Ils se nourrissent
peu, immobiles concombres
Ils bougent peu, ne
réfléchissent pas, ne font qu’exister.
Comme je souhaite
être comme vous parfois
Lorsque par le
chagrin ou l’ennui terrassée
Je traine des rires
sans joie
Comme je souhaite ne
sentir ni douleur
Ni rêves, ni désirs
Pouvoir expulser mon
cœur
Ne plus jamais
souffrir
Me frayer un chemin
dans l’océan immense
N’être rien d’autre
qu’aujourd’hui
Ni famille ni amour
ni amis
Pas de soucis pas de
miroirs pas d’apparence
Ah ! Errer sans
but, laid et ignorant !
Je veux vous suivre,
quitter cette terre
Qui penserait à vous
sans ce chant ?
Car vous êtes les
prophètes muets de abîmes
Les porteurs sombres
d’espoirs effrayants
Et avec vous je rime
et j’imagine
Sur la plage dévastée
je vous attends.
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