Sunday, June 3, 2012

Concombres de mer


Mal-aimés mal-vus mal perçus,
Vous trainez dans les bas fonds de l’océan
Et lorsque par hasard je vous ai entrevus
Je vous ai pris pour de longs excréments

Vous rampez tels des serpents de mer
Agitant vos longues tentacules gluantes,
Dans la vase vous grouillez comme des vers,
Dans l’eau trouble, prenant votre temps.
Chenilles des marées, anguilles lentes,
Qui vous chante, qui vous attend
Sur la plage dure de sable froid -
Aurais-je la chance de vous apercevoir ?

Est-ce vrai qu’en guise de défense parfois
Vous expulsez vos organes à la tête de vos ennemis ?
Amis, j’ai beaucoup de peine à vous croire
Et même à croire que vous existez
Car qui d’autre que moi vous chante ?
Bestioles extraterrestres, créatures effarantes,
Vous sortez des mythes et des légendes passées
Votre bouche de pieuvre est celle d’un cauchemard
Laids, sans formes ni regard
Monstres qui me font sourire,
Je me permets de vous demander,
Humble poète versifiant sur la jetée,
Comment faites-vous pour vous reproduire ?

Enfin, tout cela est secondaire
Puisque légume ou animal je vous ai rencontrés,
O Concombres de Mer
Oui et j’ai même pu vous entendre penser !

Et qui aurait cru que derrière de tels faciès
Ils sont de tels sages, de grands hermites
Ne se préoccupant ni de leur gloire ni de leur mythe,
Ni de leur solitude, ni de leur lourde graisse.
Idiots ? Non ! Sages, sages de millions d’années
Pas de bonheur, pas de malheur, pas de souffrance
Ils ont tout oublié.

Seuls au fond de la mer ils dansent
Ils déambulent, rampent sans nombres
Dans un vide plein de l’instant présent
Ils se font discrets dans les détritus de l’océan
Ils se nourrissent peu, immobiles concombres
Ils bougent peu, ne réfléchissent pas, ne font qu’exister.

Comme je souhaite être comme vous parfois
Lorsque par le chagrin ou l’ennui terrassée
Je traine des rires sans joie
Comme je souhaite ne sentir ni douleur
Ni rêves, ni désirs
Pouvoir expulser mon cœur
Ne plus jamais souffrir
Me frayer un chemin dans l’océan immense
N’être rien d’autre qu’aujourd’hui
Ni famille ni amour ni amis
Pas de soucis pas de miroirs pas d’apparence
Ah ! Errer sans but, laid et ignorant !
Je veux vous suivre, quitter cette terre
Qui penserait à vous sans ce chant ?
Car vous êtes les prophètes muets de abîmes
Les porteurs sombres d’espoirs effrayants
Et avec vous je rime et j’imagine
Sur la plage dévastée je vous attends.

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