Le monde est mort et moi seule je vis
Et toi aussi tu dors sans prendre garde à la folie qui me mord lorsque la nuit tente de me bercer, de s’insinuer dans mon corps
Et de son souffle obscur sur mes paupières
Me murmure des mots de rêves de conflits et de guerres, des mots qui font de ma vie un quotidien trop calme qui se répète encore
Je crois étouffer et alors je me lève.
Dehors le monde crève
Percé de toute part par des flèches d’usines et des masses de fer
Là-bas les trains vides dans la gare ne partiront plus jamais pour des terres inconnues
Leurs masses sombres prolongent les longues rues
Et les boulevard qui somnolent étalés de tout leur long sur la chaussée comme ces soûlards
Effondrés dans les coins de vomis et de pisse.
La lune se hisse péniblement sous un ciel fumeux
Une usine de tabac distille sa pestilence jusque dans les cieux
Que faire, qu’espérer de tout cela ?
Indifférente je suis ces ombres de chats qui errent
La nuit à la recherche des rats qui prolifèrent.
Comme eux je ne vis que la nuit
Lorsque le monde est mort alors je vis
Je m’assois seule sans personne pour me déranger et j’écris jusqu’aux lumières de l’aurore
Ce n’est pas que le sommeil me fuit ni que mon esprit soit rempli de culpabilité
Simplement il n’est d’autre moment dans la journée où je puisse me défaire de toute distraction
Et les restes de rêves qui me poursuivront jusqu’au matin
Et cherchent à me faire fléchir ne font qu’alimenter la main
Qui les couche sur le papier.
Je m’inspire aussi de ton corps immobile qui respire
Bruit doux dans la nuit solitaire
La nuit qui souffle sur mes paupière et m’enjoint de dormir ne pourra vaincre mon éveil
Car dormir c’est mourir
Même pour un court moment et je lutte désespérément
Contre ce sommeil qui menace de m’emporter.
Avec les heures qui passent reviennent des souvenirs
Que je m’empresse d’écrire pour éviter d’oublier
Je crains le trou noir du matin lorsque soudain tout disparait et je ne peux plus me rappeler des rêves que j’ai fait ni des heures à dormir
Heures d’oubli, heures qui n’ont jamais existées
Que pour le monde extérieur qui me regardait
J’ai si peur sous ce regard que je n’ose plus m’assoupir
Je préfère rester éveillée, moi le regard sur le monde regardé
Rôles inversés et de temps en temps je regarde de ton côté - tu dors paisiblement sans te douter
Que seule dans la nuit, je suis éveillée.
Quelques fois j’entends la voix d’un ami cher
Lui aussi luttant contre la nuit et alors si heureuse de ne pas m’être endormie, j’écoute comme de la musique cette autre pensée
Dans ce décors mécanique, je ne suis donc pas la seule naufragée !
Insomniaque dans un monde qui semble dormir pour toujours
Seule je guette le point du jour et souris à la lune qui rougit
Ou est-ce le soleil, la chaussée jonchée de bouteilles
L’éclat aveuglant – me serais-je endormie ?
Tu secoues doucement mon corps affalé - il est enfin l’heure de commencer la journée
Quel soulagement d’avoir survécu la nuit –
Le monde que je croyais mort revit
Et je peux enfin me mettre à rêver.
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